Les propriétaires de ce mas provençal m'avaient demandé de le peindre. Je me suis dans un premier temps imprégnée de
l'esprit des lieux, puis j'ai photographié le mas sous tous ses angles. Régulièrement, je le travaille, dans un de ces aspects, sur l'un de ses points de vue.
Lorsque je réalise une toile, je suis rapide dans l'interprétation du sujet. Toutefois, il me faut parfois acquérir une certaine maturité pour
le reconnaître parmi les visuels que j'ai saisi à un moment donné (photos, croquis, souvenirs...).
Il m'est nécessaire d'avoir un " coup de foudre" sur le thème de base.
Cela peut mettre plusieurs... années (sourires), ma "vision" des choses, personnages ou paysages étant assez évolutive... sans doute aussi influencée par l'humeur
du moment.
Ce déclic peut aussi être immédiat.
Je peins naturellement de manière intuitive, impulsive. Le dessin de base est, ici, fait directement sur la toile, au pinceau.
Le départ de l'idée même du sujet de la toile peut naître d'une situation, d'une rencontre, le doux hasard.
Par exemple ici, lors d'un séjour en Dordogne, j'ai eu tout le loisir d'observer en début d'aprés midi "l'évènement local" : des parties de pétanque. ... Une vraie découverte... Et je me suis régalée...
Alors que les promeneurs n'étaient pas encore au rendez vous (il était relativement tôt dans l'aprés-midi), les boulistes s'étaient paisiblement
installés sur leur terrain. Leurs attitudes calmes et décontractées... tout dans leurs gestuelles traduisaient l'émotion du jeu, parfois la tension,
et paradoxalement la douceur de vivre.
Quand j'ai sorti mon carnet de croquis, leur attitude s'est sensiblement modifiée. Ils se sont tous un peu redressés. Un peu comme lorsque
l'on se fait prendre en photo.
Puis le naturel est revenu... Le décor était planté, la scène et les acteurs. Je n'avais plus qu'à croquer. Je n'avais jamais trop fait attention jusqu'à ce jour à
leurs mimiques, le mélange de décontraction et de concentration, le sérieux de "l'affaire". La lumière caressait leur jeu. Tout était "là".
J'ai alors tenté de saisir leurs attitudes types, afin de reconstituer cette atmosphère si particulière. Plus tard dans l'après-midi, j'ai pu croquer
celles des badauds qui s'arrêtaient pour observer les joueurs.